2012 : La Fin du Monde

La Science face aux Croyances

Alors que les prophéties annonçant l'apocalypse pour 2012 se propagent, le mécanisme de la rumeur et la confronte à l'expertise scientifique.

Préparez-vous à survivre une nouvelle fois à la fin du monde ! Après les cataclysmes annoncés de l'an 1000 et de l'an 2000, voici que des Cassandre nous promettent un nouveau cap à franchir : le 21 décembre 2012. S'appuyant sur la fin du calendrier maya, des auteurs, réalisateurs et une myriade de sites Internet prédisent la disparition de l'humanité au moment du solstice d'hiver de 2012 à la suite d'une succession de catastrophes naturelles. Hollywood s'est même emparé du sujet et nous propose, en ce mois de novembre, de trembler à la sortie mondiale de 2012, un film catastrophe à gros budget réalisé par Roland Emmerich (réalisateur du Jour d'après et d'Independence Day).
Devant l'ampleur du phénomène, et interrogé par certains de ses lecteurs, Sciences et Avenir a décidé de prendre ce sujet au sérieux, d'autant qu'il fait appel à des arguments prétendument "scientifiques" pour emporter l'adhésion du grand public. Nous avons soumis l'ensemble des "preuves" avancées aux meilleurs spécialistes. Résultat, sans grande surprise : aucune des catastrophes annoncées ne nous menace à l'horizon de 2012. Mais cet examen nous a surtout permis de mettre au jour les mécanismes à l'ouvre dans la fabrication de ces rumeurs particulièrement habiles : prise individuellement, chaque pièce du puzzle a un fond de vérité scientifique, mais les arguments sont gauchis pour les faire entrer de force dans un schéma général et fournir des bases plausibles à un scénario fantaisiste. Interrogé, Harald Kloser, le scénariste du film 2012, le reconnaît d'ailleurs bien volontiers : "Dans notre film, la science donne seulement une aura de crédibilité". Et Roland Emmerich, le réalisateur, de confirmer avec humour : "La prophétie de 2012 n'a rien à voir avec la science, mais avec la croyance".
Si le spectre de la "fin du monde" ressurgit régulièrement dans nos sociétés, c'est que nous aimons nous faire peur par "une dramatisation excessive du futur", analyse le sociologue Wiktor Stoczkowski. Mais ces peurs n'apparaissent jamais au hasard. Le spectre a d'autant plus de force aujourd'hui que l'écosystème terrestre, que nous contribuons nous-mêmes à dégrader, n'a jamais été aussi menacé, souligne le philosophe Dominique Lecourt. Ce contexte de crise agit-il sur les mêmes ressorts que ceux des mouvements apocalyptiques du début du christianisme ? Pas si sûr. André Vauchez, historien et membre de l'Institut, nous rappelle que "les visions apocalyptiques chrétiennes et Judaïques n'avaient pas pour finalité le catastrophisme. Elles aspiraient à l'avènement d'une nouvelle ère de justice et de paix qui succéderait à une période de violences, censée faire table rase du passé. Pour ces sociétés, l'apocalypse devait permettre un changement radical de la société". À l'inverse, 2012 ne nous offre pas de lendemains qui chantent. Une apocalypse pessimiste, peu séduisante donc. Si la prophétie de 2012 prête à sourire, sommes-nous pour autant assurés d'échapper toujours à la fin du monde ? Non, comme l'établissent des hypothèses scientifiques, sérieuses celles-ci. À coup de statistiques, elles dessinent la possibilité d'une fin apocalyptique : chute d'astéroïde, réveil d'un volcanisme géant, emballement de l'effet de serre... Autant de fléaux qui, par le passé, ont déjà provoqué des extinctions massives et qui pourraient se renouveler. L'histoire humaine pourrait alors s'achever. Mais cette catastrophe préparerait "en quelque sorte le terrain pour un nouveau départ, conclut le géologue Jean Dercourt. Les crises sont des périodes de renouvellement de la vie, des périodes d'évolution accélérée, génératrices d'espèces".

 Les 7 Scénarios en Vogue

1/ UN ALIGNEMENT GALACTIQUE FATAL

Selon les théoriciens de la fin du monde, la date du solstice d'hiver de 2012 coïncide avec une configuration astronomique particulière. La machinerie céleste "s'alignerait", annonçant le chaos. Cet alignement critique est appelé "galactique" car il prend en compte l'axe de rotation de la Terre et la position du plan de la Galaxie vue depuis le système solaire. Ce scénario a été popularisé en 2002 par John Major Jenkins, un écrivain américain passionné par les Mayas, dans son livre Galactic Alignment (non traduit). Il s'inspire d'une réalité astronomique complexe, qui mérite explication : la Terre orbite autour du Soleil dans un plan dit de l'écliptique. Ce dernier coupe le plan moyen de la Galaxie selon une droite (schéma ->). Mais la Terre possède une autre propriété : son axe de rotation sur elle-même pointe dans une direction variable, à la manière d'une toupie.
Ce mouvement dit de précession explique ainsi qu'il y a trois mille ans, le pôle céleste n'était pas l'étoile Polaire actuelle. Ou que la position du Soleil aux solstices (ou aux équinoxes) varie chaque année par rapport aux étoiles. Ce phénomène est périodique : tous les 26.000 ans environ, l'axe revient pointer dans la même direction. Un astronome amateur belge, Jean Meeus, avait calculé en 1997 que la direction du solstice d'hiver se confondrait avec l'intersection entre les plans galactique et de l'écliptique en mai 1998. En réalité, en raison du diamètre du Soleil, cette conjonction est valable pendant dix-huit ans, plus précisément entre 1980 et 2016. De là à imaginer qu'elle pourrait avoir lieu "pile" en 2012 et annoncer la fin du monde, il n'y a qu'un pas que certains n'ont pas hésité à franchir ! Malheureusement pour ces prophètes de malheur, les Mayas ne connaissaient ni le phénomène de la précession, ni la position du pôle galactique définie en 1958. "Ce n'est donc qu'une coïncidence géométrique sans conséquence physique",précise Patrick Rocher, de l'IMCCE (Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides), qui a refait les calculs de Jean Meeus. (D.L.)

2/ LE TRANSIT PERTURBATEUR DE VÉNUS

Dans la nuit du 5 au 6 juin 2012, entre 0 h 03 et 6 h 56 (heure française), la planète Vénus passera devant le Soleil. Les Terriens verront alors une minuscule tache noire (l'ombre de Vénus) se déplacer sur le disque solaire. Un phénomène rare, car vu depuis la Terre, Vénus passe le plus souvent au-dessous ou au-dessus du disque solaire, le plan de son orbite étant incliné de 3° par rapport à celui de notre globe.
Ce transit va-t-il provoquer des catastrophes sur Terre ? Une nuit imprévue va-t-elle tomber, la gravitation s'emballer ? "Nullement, répond Denis Savoie, du palais de la Découverte, à Paris. Le diamètre apparent de Vénus étant 32 fois plus petit que celui du Soleil, l'assombrissement ne sera que de 0,1 %, impossible à déceler pour un oil humain". Même chose pour les effets gravitationnels : "Tous les 584 jours, la Terre, Vénus et le Soleil se trouvent quasi alignés - à plus ou moins 8° pour un observateur terrestre - sans que cela ne crée un seul désordre. De plus, les perturbations de Vénus sur la Terre, bien quantifiées depuis Urbain Le Verrier au XIX" siècle, sont négligeables". (A.Kh.)

3/ UNE COLLISION AVEC UN ASTÉROÏDE GÉANT

Un astéroïde va-t-il, en 2012, entrer en collision avec la Terre et anéantir l'humanité ? Après tout, un tel scénario s'est déjà produit il y a 65 millions d'années, lorsqu'un corps gros comme l'Everest tomba sur la presqu'île du Yucatan, au Mexique, signant l'arrêt de mort de tous les dinosaures et provoquant la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres. Rassurons-nous, "aucun objet de un à dix kilomètres ne croisera la Terre ni en 2012 ni même au cours des cent prochaines années", explique Patrick Michel, astronome à l'observatoire de la Côte d'Azur. Comment peut-il en être si sûr ? Parce que la plupart des astéroïdes croisant régulièrement l'orbite terrestre (les "géocroiseurs") sont maintenant recensés grâce aux programmes de recherche systématique mis en place dans les années 1990 (Spaceguard, Spacewatch, etc.).
Aujourd'hui, deux grands programmes assurent le suivi de ces objets : l'européen NeoDys et l'américain Near Earth Object de la Nasa. Quelque 6300 géocroiseurs sont ainsi étroitement surveillés et leur orbite régulièrement recalculée. Quatre d'entre eux, seulement passeront dans les parages de la Terre en 2012. Pour chacun, le risque calculé est de... zéro sur l'échelle de Turin, qui catégorise les probabilités d'impacts selon une graduation de 0 à 10. Autrement nous pouvons dormir tranquille en 2012. D'autant que "le cataclysme final, celui qui transformerait notre planète en un désert total, ne pourrait être provoqué que par un gros astéroïde de plusieurs dizaines de kilomètres, précise Patrick Michel. De tels objets n'existent tout simplement pas dans la population des géocroiseurs" ! (S.R.)

4/ LA TERRE EXPULSÉE DE SON ORBITE

Vue d'artiste d'une collision entre Vénus et la Terre. La Terre peut-elle sortir de son orbite et devenir pour l'humanité un vaisseau errant dans le désert de la Galaxie ? Ce scénario dantesque est régulièrement évoqué par les amateurs d'apocalypse. La question vaut d'ailleurs d'être posée, puisque les astronomes eux-mêmes pensent qu'il existe dans le ciel des planètes orphelines, éjectées violemment de leur système. Et puis l'on sait depuis peu que les planètes se déplacent au cours de leur existence. L'étude des exoplanètes a permis en effet de comprendre le phénomène de migration planétaire. Peu après leur formation, les planètes glissent sur d'autres orbites, en échangeant de l'énergie avec les gaz et les poussières qui encombrent les systèmes nouveau-nés. Mais rassurons­nous ! Dans un système comme le nôtre, vieux de 5 milliards d'années, cela fait bien longtemps que le ménage a été fait par les vents solaires et qu'il ne reste plus ni gaz ni poussières ! Aujourd'hui, il n'est donc pas si facile de "désorbiter" notre planète. L'orbite d'une planète correspond à un état d'énergie dans lequel se conjuguent les masses du Soleil et de la planète, ainsi que la distance qui les sépare. Plus vous êtes proche du Soleil, plus vous êtes fortement lié à lui. Dans le cas de la Terre, très proche du Soleil, il faudrait déployer une énergie phénoménale pour atteindre la vitesse de libération. "Même l'astéroide qui a tué les dinosaures n'a pas fait sortir la planète de l'orbite, souligne Marc Sauvage. Si toutes les bombes atomiques existantes explosaient en même temps, nous serions tous morts, mais la Terre resterait campée dans son orbite". Pour nous désorbiter, il faudrait qu'un corps de masse terrestre nous frôle de près. Ce faisant, il échangerait de l'énergie avec notre planète, prendrait sa place et nous éjecterait dans l'espace. Mais un tel objet baladeur, sans lien gravitationnel avec le Soleil, n'existe tout simplement pas dans le système solaire. (S.R.)

5/ LE SOLEIL EN SURCHAUFFE

Allons nous connaître en 2012 un pic d'activité solaire exceptionnel ? Une des manifestations de l'activité de notre étoile est le fameux cycle de onze ans, au cours duquel des taches sombres apparaissent à sa surface. Leur nombre peut atteindre 250 lors du maximum d'un cycle de forte activité mais chaque cycle est particulier : dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, pendant plusieurs cycles très calmes, les taches ont quasi disparu. Cette période a coïncidé avec l'apogée du "petit âge glaciaire", décennies de grand froid, suggérant un lien entre l'activité solaire et le climat. Seule certitude : les taches éjectent des flots de particules chargées du vent solaire qui perturbent la magnétosphère de la Terre, grillant parfois des composants électroniques de satellites ou parasitant les communications radio. De tels épisodes ont eu lieu dans le passé sans provoquer de catastrophes. Les derniers cycles solaires ont été très intenses et le prochain pic d'activité est attendu pour 2012-2013. Son intensité reste sujette à débat Selon Thierry Dudok de Wit, du LPC2E (Laboratoire de physique et de chimie de l'environnement et de l'espace) à Orléans : "Dans les prochaines décennies, l'activité solaire va probablement se ralentir". (A.Kh.)

6/ LE NORD ET LE SUD INVERSÉS

La Terre pourrait-elle perdre le nord et entraîner ainsi la disparition de l'humanité ? Précisons d'abord que par "nord", on entend le pôle magnétique et non géographique, c'est-à-dire la direction pointée par une boussole. Eh bien oui, l'aiguille de la boussole pourrait soudainement se mettre à indiquer le sud ! Pourtant, pas de quoi paniquer... Cette inversion s'est souvent produite par le passé. La dernière remonte à il y a environ 800.000 ans. Et pendant les 4 à 5 derniers millions d'années, il y a eu une poignées d'autres. Le phénomène n'est pas périodique. Ces irrégularités proviennent de la source même du champ magnétique terrestre. Au cour de la terre, le fer fondu conducteur électrique et magnétique, est agité de mouvements de convection turbulents. Cette sorte de dynamo complètement fondue et instable crée un champ magnétique aussi imprévisible que la météo. Rien ne permet de dire que la décroissance du champ magnétique observée depuis 3000 ans se finira par une inversion dans 1000 à 2000 ans (donc bien après 2012). Par le passé, notre champ magnétique à connu bien des rebonds qui ont évité l'inversion. De toute façon, les géologues n'ont jamais observés de corrélation entre une inversion de champ et une extinction d'espèces. Seule conséquence possible : l'affaiblissement de la protection naturelle contre les particules solaires qu'offre ce champ, sans que cela cause de dégâts importants. Sauf peut-être sur les systèmes de communications des satellites. (D.L.)

7/ LA MENACE DE LA PLANÈTE FANTÔME

Elle s'appelle Nibiru, la 12ème planète, Hercolubus, Planète rouge, etc., et elle nous promet les pires fléaux pour 2012. Selon une poignée d'auteurs, il s'agirait d'une planète géante, dont l'orbite excentrique s'étire de l'intérieur du système solaire jusqu'aux confins de la ceinture de Kuiper. Tous les 3600 ans, Nibiru croiserait l'orbite terrestre, frôlant notre planète et y provoquant tsunamis, séismes, éruptions volcaniques, basculement de l'axe des pôles et, potentiellement extinctions massives d'espèces.

Actuellement, cette planète se trouverait derrière Pluton, et son influence se ferait sentir sur les planètes extérieures. L'ennui, c'est qu'aucun observatoire, terrestre ou spatial, n'a jamais vu trace de cette géante de laves. Il existe peut-être une planète au fin fond du système solaire, comme l'ont montré, en 2008, des travaux théoriques menés par Patryck Lykawka et Tadashi Mukai, de l'université japonaise de Kobe. Selon les simulations numériques, la présence d'un corps de 30 à 70 % de la masse de la Terre expliquerait la structure de la ceinture de Kuiper et certaines de ses déformations. Mais les simulations faisaient tourner cette planète X selon une orbite bien sage, très loin de nous... (S.R.)

 Des Indices qui n'en sont Pas

Y a-t-il, dans le système solaire, des indices annonciateurs d'un bouleversement cosmique ?

Oui, affirment les partisans de la thèse d'une fin du monde en 2012. Et de citer, "sources Nasa" à l'appui, la diminution du jet-stream de Saturne depuis trente ans, l'augmentation de 2500 % de la luminosité aurorale de Vénus depuis trente ans, la disparition des calottes de Mars, la formation de zone brillante sur Uranus, une curieuse tache sur Neptune, un accroissement de la pression atmosphérique sur Pluton... tous attribués à un supposé emballement de l'activité solaire qui est loin d'être démontré. Ces faits ont parfois un fondement scientifique, mais ont été expliqués indépendamment de l'activité solaire. C'est le cas de Neptune. La grande tache sombre de son hémisphère sud, repérée en 1989 par la sonde Voyager, avait disparu en 1994 lorsque Hubble observa la planète, tandis qu'une autre tache sombre apparaissait l'année suivante au nord. Ces turbulences atmosphériques naturelles sont le fait de la chaleur interne de la planète, qui crée des différences de température entre les basses couches et le sommet des nuages. C'est aussi le cas des nuages lumineux géants apparus sur Uranus au cours des vingt dernières années. Ces transformations sont attribuées à la position de la planète sur son orbite lors de l'équinoxe de printemps, survenu fin 2007.
D'autres assertions sont simplement fantaisistes : Mars ne connaît ni réchauffement planétaire ni disparition de ses calottes... Vénus profite quant à elle d'autant d'aurores que par le passé. Finalement, tous ces indices pseudo-scientifiques ont été fournis par l'Américain Richard Hoagland, dont les thèses conspirationnistes sont régulièrement dénoncées par le monde scientifique. (A.Kh.)

Quand Internet rejoint les prophéties mayas

Le calendrier de cette civilisation mentionnerait une fin de cycle autour du 21 décembre 2012. Un algorithme farfelu confirme et le Web s'emballe. Reconstitution d'une fresque maya provenant du site de Bonampak (Mexique ->).

Pourquoi une fin du monde précisément en 2012 ? Si l'on en croit les ouvrages, sites internet, documentaires, etc. qui traitent du sujet, cette date aurait été fixée par le calendrier maya. Sauf que cette civilisation n'a rien prophétisé pour le 21 décembre 2012. La date butoir sort en fait d'une pure convention utilisée pour décompter le temps qui passe. Il se trouve que dans ce calendrier amérindien (dit long), cette date s'écrit en chiffres ronds : 13.0.0.0.0.
Les Mayas n'utilisaient pas la numération décimale comme nous mais une numération sur une base 20. Le dernier chiffre désigne le jour (kin) ; l'avant-dernier des "mois" de 20 jours (uinal) ; le troisième des "années" de 18 mois de 20 jours, soit 360 jours (haab) ; le second des durées de 20 fois 360, soit 7200 jours (katun) et enfin le premier une durée de 20 x 20 x 360 = 144.000 jours (baktun). Le passage de la date 12.19.19.17.19 à la suivante 13.0.0.0.0 est donc numériquement frappante, autant que le passage de l'année 999 à l'année 1000 dans notre calendrier. Cette transition est naturelle et non prophétique.
Pourquoi ce point de bascule tomberait-il le 21 décembre 2012 ? Si le calendrier maya fixe une durée (de 13 x 144000 = 1.872.000 jours, soit environ 5125 ans), il est nécessaire d'en connaître l'origine pour savoir à quoi correspond la date de 13.0.0.0.0. "J'ai recensé 14 hypothèses sur cette origine, ce qui fait fluctuer la date de lafin du cycle de plusieurs jours. Le 21 décembre 2012 n'est que l'une d'entre elles", témoigne Patrick Rocher, de l'IMCCE (Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides). Ces hypothèses reposent sur les interprétations de quelques rares documents mayas qui mentionnent des événements astronomiques, tels que les phases de la Lune, et les repèrent dans leur calendrier. Un certain consensus plaide néamnoins pour une origine vers 3114 avant J.-C. et donc une "fin" le 21 décembre 2012. Cette date fondatrice reculée demeure surprenante car ni les astronomes, ni les historiens ne lui associent d'événement marquant. Parallèlement émerge une autre prophétie, plus moderne, selon laquelle Internet prédirait lui aussi la catastrophe... L'hypothèse repose sur les travaux de deux informaticiens, George Ure et Cliff High. A la fin des années 1990, ils baptisent leur projet "web bot", un terme qui désigne d'ordinaire les logiciels automatiques d'exploration et de recueil d'informations sur le Web. Nos deux informaticiens s'en servent pour prédire l'avenir. Un algorithme de leur fabrication analyse les changements du langage qui traduiraient l'apparition d'émotions particulières. Cela repose sur l'hypothèse pseudo-scientifique que l'homme est doué d'une préconscience, qui s'exprimerait ici des semaines ou des mois à l'avance... Il ne reste plus ensuite aux apprentis prophètes qu'à replacer les mots ainsi identifiés dans un contexte de leur choix afin d'en tirer des prévisions, notamment sur la fin du monde... à la manière d'un oracle et de ses prêtres. Un procédé ô combien approximatif... (D.L.)

A.K., D.L. et S.R. - SCIENCES ET AVENIR > Novembre > 2009

La Fin du Monde est-elle Pour 2012 ?

Les calendriers mayas et aztèques s'arrêtent le 21 décembre 2012. Mais les astronomes le jurent : après cette date, la Terre continuera de tourner ! Au nom des Aztèques : La croyance d'une fin des temps en 2012 s'appuie sur les calendriers mayas, mais aussi aztèques. Cette page d'un manuscrit - écrite à la fin du XVè siècle sur une écorce - représente les divinités Quetzalcoatl et Tezcatlipoca (en haut à g.). Elles sont entourées par les cases du calendrier.

Saviez-vous que la fin du monde est prévue pour le 21 décembre 2012 ? Ceux qui croyaient que notre civilisation allait s'éteindre avec le passage à l'an 2000 ne se seraient finalement pas trompés de beaucoup. Ils avaient juste regardé dans le mauvais calendrier. En effet, pour prévoir la fin des temps, mieux vaut s'en remettre à des spécialistes : les Mayas. Cette civilisation précolombienne, qui régna sur l'Amérique centrale jusqu'à l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, était férue de chiffres. Une passion qui s'exprimait dans l'élaboration de leur calendrier. D'ailleurs, les Mayas n'en avaient pas un seul, mais trois. Manque de chance : ils s'achèvent tous le 21 décembre 2012... en emportant notre monde avec eux. Ou, du moins, c'est ce que croit une poignée d'amateurs de prophéties à qui l'on doit une véritable déferlante sur le Web. Le nombre de sites consacrés à 2012 et à la fin du monde annoncée atteint plusieurs centaines. La fin du monde a aussi son film, réalisé par Roland Emmerich, auteur de Godzilla et d' Independence Day. Un maestro de la destruction planétaire façon Hollywood. La superproduction 2012, qui sort en France en novembre, se sert des rumeurs sur l'Apocalypse pour sa promo. Sa mystérieuse bande-annonce propose aux curieux de saisir "2012" sur Google pour en savoir plus...

Qu'est-ce qui nous menace au juste ? Certains gourous du dimanche avancent qu'un alignement exceptionnel de planètes provoquerait une inversion des pôles de la Terre. Avec, à la clé, une série de catastrophes. Le monde serait alors englouti sous un manteau de lave ou un puissant lit de glace. Peu probable, disent les scientifiques. Des astronomes font notamment remarquer que cet alignement de planètes prétendument tragique se produit en réalité chaque année. Sans jamais déchaîner les forces de la nature. D'autres allumés profitent de l'approche de la date funeste pour ressortir la vieille théorie fantaisiste de la planète X, aussi appelée Nibiru. Selon plusieurs théories new age, cette dixième planète, inconnue des astronomes, sera la cause de divers désordres climatiques lors de son prochain passage dans notre Système solaire, événement prévu pour 2012 !
Mais d'où vient la grande peur liée au calendrier maya ? "Pour les Mayas, le temps est un élément fondamental", explique Yaël Nazé, astrophysicienne, chargée de recherche à l'université de Liège (Belgique) et auteur de l'Astronomie des Anciens (éd. Belin/Pour la Science). "Aux yeux de ce peuple, l'univers est cyclique, il meurt et renaît à échéance fixe. Les Mayas pensaient appartenir au cinquième monde, tous les précédents ayant été détruits, comme l'attestent les légendes que l'on a retrouvées." La culture maya tourne autour de cette notion de cycle. "Chaque fois qu'un cycle se terminait, les Mayas craignaient l'Apocalypse", précise Yaël Nazé.

Les Mayas se servaient de trois calendriers

Pour la vie de tous les jours, les Mayas utilisaient deux calendriers, l'un sacré et l'autre civil. Le premier, comprenant 260 jours, reposait sur des considérations astronomiques. Le second, de 365 jours, était fondé sur les saisons et plus adapté aux tâches agricoles. Mathématiquement, les deux calendriers coïncidaient tous les cinquante-deux ans. Lors de ces épisodes, les Mayas priaient les dieux de leur accorder un nouveau cycle. Mais ils avaient aussi besoin de s'inscrire dans une histoire plus longue. Pour cela, ils avaient recours à un troisième calendrier, plus complexe. Selon les historiens, il a débuté le 13 août de l'an 3114 avant Jésus-Christ. Or, quand le cycle de 1.872.000 jours de ce calendrier sera terminé, tout recommencera. Ce qui arrivera évidemment le 21 décembre 2012.
"Ce qui va se passer en 2012, c'est qu'on va assister à la fin du cycle long du calendrier maya, résume Yaël Nazé. Si les anciens Mayas vivaient encore, ils craindraient la fin du monde, il y aurait de nombreuses cérémonies", imagine l'astrophysicienne. Mais là où l'histoire devient farfelue, c'est quand on se met à envisager que les Mayas ont volontairement choisi cette date de fin de cycle en fonction d'un événement astronomique particulier, comme une collision avec un astéroïde. Selon Yaël Nazé, c'est impossible : "Les Mayas étaient autant des astrologues que des astronomes, ils observaient les planètes pour savoir ce que pensaient les dieux." Ils le faisaient avec talent, comme le montrent leurs célèbres temples, construits selon des orientations astronomiques. Cela est d'autant plus remarquable qu'ils recouraient à des outils rudimentaires. "Mais ils n'auraient pas pu prévoir un événement à une telle distance de temps, note la chercheuse. Les Mayas, qui avaient certes inventé le zéro, n'utilisaient que des nombres entiers. Ils devaient tricher pour corriger leur manque de précision. Pour prévoir un événement astronomique des centaines d'années avant qu'il survienne, leur marge d'erreur aurait été trop importante."
N'en déplaise à tous les oiseaux de mauvais augure, la Terre devrait donc continuer de tourner après la fin de ce cycle maya. Il faudrait débusquer d'autres calendriers et exhumer d'autres mythes pour continuer à alimenter la machine à fantasmer la fin de notre monde. En tout cas, celle-ci mêle des peurs légitimes, liées à la crise économique ou au bouleversement climatique, avec la croyance paranoïaque selon laquelle des forces occultes contrôlent en secret l'histoire de l'humanité. Jusque-là, 2012 va s'imposer comme une marque incontournable, envahissant les écrans de cinéma et de téléphone (grâce à une application spécialement conçue pour iPhone). Au point sans doute de faire espérer à certains qu'on en finisse le plus vite possible avec 2012 !

L'Apocalypse, c'est toujours pour demain

Les prophéties annonçant la fin du monde ont émaillé l'histoire de l'humanité... sans jamais se réaliser. L'an 1000 fit trembler les chrétiens, comme l'an 2000 et son bogue qui n'a jamais eu lieu. Plusieurs sectes millénaristes ont annoncé l'Apocalypse biblique tout au long des années 1980-1990 sans qu'Armageddon (lieu symbolique du combat final entre le bien et le mal) apparaisse. 1999 fut un grand cru : certains kabbalistes avaient averti qu'une boule de feu devait détruire la Terre, tandis qu'une interprétation de Nostradamus concluait à sa pulvérisation par des météorites. Le couturier Paco Rabanne prévoyait que la chute de la station spatiale Mir causerait d'irrémédiables dégâts sur la planète... On attend toujours.

Hugo Lindenberg - ÇA M'INTÉRESSE > Novembre > 2009

Le Calendrier Maya s'ajuste enfin au Notre

Pour coordonner notre calendrier et celui des Mayas, l'anthropologue américain Douglas Kennett (PennState University) a utilisé la datation au carbone 14 par spectrométrie de masse sur des linteaux de bois de la cité de Tikal.

Il a ainsi réussi à affiner d'une trentaine d'années ces datations, ce qui a permis de mieux les caler. De quoi pouvoir relier les données climatiques aux faits marquants de l'histoire maya, de mieux comprendne son déclin.

E.R. - SCIENCE & VIE > Juin > 2013
 
   

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